Baptiste Herbin, le plus portugais des saxophonistes français !

by Mehdi Kenly
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Oscillant entre la discrétion clinique de Paul Desmond et l’énergie jugale d’un Dizzy Gilespie, Baptiste Herbin – saxophoniste maîtrisant l’alto et le soprano depuis déjà une vingtaine d’année – a fait sa place dans le très intimiste monde du jazz.

Issu d’une famille d’artiste, il a su mettre sa sensibilité pluridisciplinaire au service de son jeu. Sans jamais renier des influences marquantes telles que Cannonball Adderley ou John Coltrane, Baptiste fait tout pour se démarquer, créer sa propre patte. Il se frotte à tout type de style, va à la rencontre des autres musiciens et voit le bœuf comme un challenge bienveillant perpétuel. Enchaînant les collaborations à travers le monde, il réussit à sortir quatre albums en son nom propre, et entame 2024 avec le très épuré Django ! qu’il partage avec le contrebassiste Sylvain Romano et le batteur André Ceccarelli.

Ce qui frappe d’emblée, lorsqu’on écoute ses albums ou qu’on le découvre sur scène, c’est cette énergie dansante, presque solaire, qui se dégage de ses improvisations. Il joue comme d’autres respirent : avec une évidence déconcertante, mais aussi cette fragilité secrète que seuls les musiciens profondément sensibles parviennent à dissimuler derrière la virtuosité. Son phrasé ne cherche jamais à impressionner pour lui-même : il raconte, il élargit, il déroule des paysages.

Herbin possède aussi cette qualité rare — une capacité à relier les mondes. Du jazz moderne aux racines latino-américaines, de la tradition bebop aux chants populaires, il fait dialoguer des courants que l’on opposerait volontiers, et qui, sous son alto, semblent soudain déborder du même fleuve. L’inattendu SYMMETRIC symbolise parfaitement cela : une alliance objective entre le suave des années 50 et une musique électronique, célébrée par une trompette et un saxophone sous le sceau de la modernité.

Mais au-delà de sa carrière d’instrumentiste, il s’affirme également comme un passeur. Son engagement pédagogique — ateliers, masterclass, collaborations éducatives — témoigne d’une volonté de rendre la musique accessible, vivante, et d’outrepasser son aversion pour les réseaux sociaux.

Sur scène, cet état d’esprit se traduit par une forme de générosité : le dialogue permanent avec ses partenaires, l’écoute attentive, l’envie de construire un récit collectif plutôt que de briller seul.

Nominé pour la deuxième fois aux victoire du jazz, baptiste nous offre un spectacle merveilleux, fait de silences musicaux évocateurs et d’une sonorité qui a su transcender l’héritage aviaire de Kansas City pour se poser sur le toit du jazz européen comme un quetzal resplendissant. Un grand moment de musique.

Mehdi Kenly

Auteur/autrice

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