Jean François Conta, ou la poétique du contour

by Mehdi Kenly
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« Le motif est quelque chose de secondaire ; ce que je veux reproduire, c’est ce qu’il y a entre le motif et moi » écrivit Claude Monet dans sa correspondance avec le critique Gustave Geffroy. Au moment où il travaille sur sa série Les Meules et en pleine réflexion sur les variations de lumière et d’atmosphère. Ce sont ces mêmes variations, d’inspiration impressionniste, que l’on retrouve aisément dans le travail de Jean François Conta : peintre normand d’une soixantaine d’année, professeur de peinture pendant presque quarante ans, et habité par son art depuis toujours. Nourri par une enfance caennaise pleine de nature et où le digital n’était pas encore l’horizon indépassable, Jean-François aime retranscrire sur toile les couleurs de ses émotions. Tout est sombre, obscur, obstrué, fourni. C’est une véritable forêt de souvenirs que nous propose l’artiste, tortueuse, opaque, qui attire l’œil des gens au passé chargé d’histoire. Mais les tableaux sont quasiment toujours réhaussés d’un jaune lumineux, profondément solaire : comme pour rééquilibrer ses tourments, trouver une harmonie au milieu du chaos.

C’est le corps tout entier qui parle, et cherche dans l’expression picturale un exutoire salvateur. Les vidéos partagées de l’artiste en action font immédiatement penser au travail de Jackson Pollock, même sans dripping, ou aux extraordinaires happenings de Georges Mathieu.

L’artiste est nu face à son œuvre, nu face au public, doublement nu face à lui même. Les toiles grand format permettent une meilleure immersion dans son univers ; l’exposition toulousaine « Le cri des jardins » l’a fortement démontré.

C’est dans une deuxième phase créative qu’on découvre son travail sur les silhouettes, véritables ombres chinoises réalisées à l’acrylique qui évoquent fortement le travail d’Henri Michaux. À la différence de ses premières séries, la toile est moins touffue, le trait est dans une retenue assumée. Présence de la non-présence, ces figures d’encre – sans contours précis – laissent au spectateur le soin de compléter mentalement la forme. L’imagination est ici leitmotiv, et le changement d’univers permet de toucher un autre public et d’élargir le champ des possibles.

Vous pourrez retrouver cette ambivalence géniale au Château du Bénat, dans une des communes du Var, à l’occasion d’une exposition supervisée par la fondation Uningo du 11 au 18 août 2026. Défiant ainsi la canicule, vous laisserez Conta nous conter sa comptine intérieure avec la gravité de ses jours les plus légers.

Mehdi Kenly

Auteur/autrice

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