Avec Mariachi Plaza, Michael Connelly signe un polar à la fois discret et redoutablement efficace, qui démontre une fois de plus que la force de la série Harry Bosh ne réside pas dans les effets spectaculaires, mais dans une morale obstinée et un regard lucide sur la société américaine.
Tout commence par la mort d’Orlando Merced, un vendeur ambulant retrouvé assassiné à Mariachi Plaza, lieu populaire et vibrant de Los Angeles. Un crime presque anodin, qui pourrait n’intéresser personne. Sauf Harry Bosch. Fidèle à son credo — « tout le monde compte ou personne ne compte » —, il refuse de considérer cette victime comme un simple dommage collatéral.
Très vite, l’enquête bascule : derrière ce meurtre se cache une menace terroriste, et le FBI entre dans la danse. À partir de là, Connelly met en scène un affrontement feutré mais tendu entre deux visions de la justice : celle des institutions, prêtes à sacrifier une vérité individuelle au nom de la sécurité nationale, et celle de Bosch, solitaire, presque archaïque, mais profondément humaine.
Le roman frappe par sa sobriété. Pas de surenchère technologique, pas de scènes d’action inutiles. L’écriture de Connelly est sèche, précise, presque minimaliste, laissant toute la place aux dilemmes moraux. Mariachi Plaza devient un symbole puissant : un lieu ordinaire, vivant, où la grande violence du monde s’infiltre sans bruit.
On sent aussi que Bosch est à un tournant. Plus âgé, plus fatigué, il apparaît comme un dernier rempart éthique face à des institutions devenues abstraites. Cette fatigue donne au roman une tonalité mélancolique, renforçant son impact émotionnel.
Souvent considéré comme un épisode “mineur” de la saga, Mariachi Plaza est en réalité un polar profondément politique, qui interroge la valeur d’une vie anonyme dans un monde obsédé par les grandes menaces. Connelly y rappelle, avec une élégance implacable, que la justice commence toujours par le refus de l’oubli.

