L’homme à la tête de chou : chronique d’une vie héroïque

by Mehdi Kenly
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C‘est dans l’étincelance du choc des talents, celui de la musique et du 9ème art, qu’a pu naître Gainsbourg, une vie héroïque. Joann Sfar, auteur du Chat du Rabbin et des Olives Noires, a décidé de lier sa création à celle de Serge Gainsbourg dans un film hommage. Biographie complète s’il en est, elle débute sur ses jeunes années, sous l’occupation allemande. L’insouciance d’un jeune de dix ans se mêle autant que faire se peut à la tragédie de l’histoire : mais le petit lucien chante, joue du piano, continue d’avoir des rêves. Il tente même, à l’instar de Vin’s dans La Haine, de danser joyeusement comme pour conjurer son sort ; d’utiliser la violence des événements pour les retourner, dans un habile retournement de stigmate, contre les caricatures juives. C’est Eric Elmosnino qui a été sélectionné pour le rôle ; extraordinaire de justesse et de ressemblance, ayant à juste titre remporté le césar du meilleur acteur et faisant ainsi renaître par sa simple présence, la nonchalance gainsbourienne à l’écran.

C’est dans les vapeurs sinueuses de ses cigarettes journalières que le téléspectateur est invité à suivre son parcours de vie. Semé d’embûches, de questionnements tortueux, et rongé par une timidité maladive. Celle-ci ne la pourtant pas empêché de faire partie intégrante du XXème siècle des artistes : Boris Vian, Brigitte Bardot ou France Gall ont été des rencontres déterminantes dans sa construction. En réalité, malgré l’ « art mineur » dont il fut longtemps la vedette, Gainsbourg est et se vit comme un poète maudit, d’où ses sempiternelles références rimbaldiennes. Habité, rongé par le drame de la seconde guerre mondiale, complexé par un physique très désavantageux et luttant perpétuellement contre son malaise social, serge a décidé de s’inventer un alter-ego, un autre-soi : Gainsbarre. Le coup de génie de Sfar a été d’incarner par le dessin ce jumeau diabolique ; tout en noirceur, tout en poésie, tout en cynisme dansant. Cette dualité – révélée dans mauvaise nouvelles des étoiles – le poursuivra toute sa vie et nourrira son écriture autant que l’imaginaire des français. Thierry Ardisson a su l’immortaliser dans sa célèbre émission Lunettes noires pour nuits blanches,  acceptant ainsi de montrer davantage ses failles au public. Mais c’est aussi l’amour qui le guide, celui des femmes, et de Jane Birkin en particulier, la mère de charlotte. Sa véritable muse, l’inspiratrice de La Décadanse, et sans doute de l’une des plus belles chansons du répertoire français Je t’aime, moi non plus.

Derrière la beauté de ce curriculum filmique, c’est l’incandescence du feu qui l’habite que nous propose le réalisateur : celui qui a brûlé ses aspirations picturales avortées , celui de son travail confisqué qui a brûlé un billet de cinq cent francs, et celui qui fut à l’origine de sa flambée des mots. Un chef d’œuvre, assurément.

Mehdi Kenly

Auteur/autrice

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