La Métamorphose à l’ombre de la condition humaine

by Mehdi Kenly
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L‘atmosphère est lourde et répulsive. Dès les premiers mots, l’auteur nous immerge dans un univers vermiculeux. Nous ne savons pas s’il s’agit d’un cafard humain, ou de l’inverse. À l’encontre de qui nous devrions être empathique, ni d’où part véritablement l’histoire.

Le personnage principal, Gregor Samsa – cryptogramme kafkaïen habituel – commence sa journée de façon peu ordinaire. La transformation dont il fut l’objet a eu lieu la nuit précédant le récit. Nous voilà enjoués à contempler les errements d’un monstre à visage humain. Mais d’un monstre qui souffre et qui retranscrit la seule véritable métamorphose qui compte : celle de ses proches à son contact. Gregor est soucieux de tenir son rôle de pourvoyeur au sein du foyer, à tel point qu’il songe plus à arriver à l’heure au travail qu’à trouver une explication rationnelle de son nouveau physique de cancrelat. Mais ce dernier le handicape pour se mouvoir au sein de l’appartement, et transforme à jamais le regard que sa famille porte sur lui. Le récit nous propose l’évolution progressive de cette mutation. Une sœur a priori aimante et qui s’avère être, au fil des événements, la plus cruelle avec son propre frère. Le patron qui rend visite à Gregor pour lui rappeler la dure loi du marché et l’inutilité des êtres humains dès lors qu’ils ne sont plus productifs. Le patriarche, à la fois déçu et terrorisé à l’idée de ne plus avoir de revenus, lui lance la pomme de la discorde en plein dans le dos et finit par le tuer. Seule la mère, soutien indéfectible de son fils, tente jusqu’au bout de lui trouver des circonstances atténuantes.

Cette transformation repoussante ne s’applique pas uniquement à l’employé dépressif, perdu dans les enfilades du Château salarial universel, mais à toute personne atteinte de maladie, ayant changé d’orientation sexuelle ou idéologique, de pays, de travail, de style vestimentaire. Franz Kafka – à travers cette fable du XXème siècle – nous pousse à réfléchir à la différence, sans en faire le procès. À la manière dont elle est perçue par autrui, mais aussi à notre mutabilité si profondément humaine. Rien n’est figé, tout varie continuellement, tout change d’aspect. Notre condition, fragile et incontrôlée, nous amène à devenir cafard, ou à en rencontrer, et se rendre compte qu’on est parfois plus surpris de sa métamorphose intérieure, que de celle des autres.

Mehdi Kenly

 

Auteur/autrice

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